Inspiration

Un webdocumentaire sur la condition féminine en Australie

Début mars 2014, 4 jeunes Rhône-alpins se sont embarqués pour l’Australie, sac au dos et caméra au poing, pour un projet de webdocumentaire sur la condition féminine au pays des kangourous. J’ai eu envie d’en savoir plus.

La naissance du projet de webdocumentaire

Alexandra Mabille, l’initiatrice du projet, est Aixoise (d’Aix-les-Bains, pas d’Aix-en-Provence, je précise) et diplômée d’un master en conception de projets numériques. C’est pendant ses premières années d’études qu’elle a rencontré Ambre Bendali et Yohann Bianchi, et par des amis communs qu’elle a connu Alexis Curtenaz.

Le rêve australien écorné

“L’idée de partir en Australie est née au sein de notre groupe il y a cinq ans”, relate Alexandra, “avec au départ la simple envie de vivre une aventure humaine et de partager nos impressions et nos découvertes sur un blog. Depuis, nous avons mûri professionnellement et petit à petit le projet a évolué vers le webdocumentaire que nous allons présenter.”

“Au cours de nos recherches sur l’Australie”, poursuit-elle, “– pays que l’on s’imaginait, peut-être à cause de notre jeune âge, et à travers l’image que l’on en a en Europe, comme le nouveau rêve américain – nous avons dû faire face à une certaine désillusion. Ce pays n’est pas à nos yeux devenu sans intérêt, mais il est en quelque sorte redescendu de son piédestal. Pourtant, à chaque fois que nous évoquions notre départ dans cette contrée lointaine, cela suscitait les mêmes réactions chez nos interlocuteurs : l’Australie est perçue comme un pays formidable où il fait bien meilleur vivre qu’en France. A force de devoir expliquer que l’Australie a aussi son lot de discriminations et d’inégalités, nous en sommes arrivés à la conclusion qu’il fallait absolument que notre webdocumentaire mette en avant cet aspect. Nous avons choisi la condition féminine parmi le large choix qui s’offrait à nous car il nous semblait que c’était l’un des fléaux les plus choquants en Australie. Une femme sur trois a déjà été battue et une sur cinq a connu des abus sexuels avant l’âge de ses quinze ans. En résumé, on peut donc dire que notre projet est né de l’ambivalence entre l’image que nous avions du pays en tant qu’européens et des données statistiques publiées par le gouvernement australien”, conclut-elle.

Une question unique, des réponses multiples

« Comment vous situez-vous en tant que femme en Australie ? » C’est cette question aux enjeux cruciaux qui servira de prétexte à la caméra des quatre apprentis reporters pour suivre le quotidien de plusieurs femmes australiennes issues de différentes régions du pays.

Un voyage tout autour de cette immense île, dont la superficie est équivalente à celle de l’Europe, pour comprendre les chiffres alarmants annoncés par l’Australian Bureau of Statistics. Un voyage parsemé de rencontres avec des femmes. Des femmes blessées, révoltées, épanouies, résignées, apaisées ou engagées.

“Le voyage commence dans le New South Wales, aux abords de Sydney, par la rencontre de Jeni Thornley, co-réalisatrice d’un documentaire militant intitulé For Love Or Money (1983). La réalisatrice reviendra sur les évolutions qu’a connues la société australienne, trente ans après la sortie de son documentaire qui retraçait la vie des femmes blanches et noires depuis les premiers colons. Elle évoquera les luttes féministes qui ont secoué son pays”, raconte Alexandra.

Ils prendront ensuite la route en direction du Queensland, l’une des régions d’Australie où la prostitution est légale. L’occasion d’aller rencontrer ces femmes qui échangent leur corps contre de l’argent, mais aussi de constater comment les régions ayant choisi après une polémique tumultueuse d’autoriser cette pratique arrivent à l’encadrer.

“L’aventure se poursuivra dans le Northern Territory“, reprend Alexandra, “région abritant de nombreux aborigènes, peuple opprimé depuis des années. A la découverte de cette culture si particulière, nous reviendrons également sur le combat féministe de ce peuple pour protéger les terres sacrées de Welatye-Therre, en français «ce rêve de deux femmes».” L’objectif ? Montrer des femmes en lutte contre un système politique, en opposition totale avec l’image lisse d’une Australie paradisiaque, accueillante et en pleine santé économique.

Mais le voyage ne s’arrête pas là : “Nous arriverons ensuite dans le Western Australia“, détaille Alexandra, réputé pour sa classe moyenne aisée, et qui connaît depuis peu un phénomène appelé «women cave» : afin de réaffirmer leur place dans le foyer, des femmes aménagent au sein de leur maison un espace personnel interdit aux hommes. Une fois dans le South Australia, nous irons à la rencontre de jeunes joueuses de netball (sport de ballon proche du basket-ball, NDLR), principal sport collectif féminin en Australie. La périple s’achèvera enfin dans le Victoria où nous visiterons le Women’s Domestic Violence Crisis Service, centre de protection pour les femmes violentées. Nous rencontrerons le personnel de ce centre qui accompagne quotidiennement ces femmes en quête de reconstruction.”

Les premiers rushs devraient être disponibles dans un mois et diffusés sur le blog dédié au projet.

Un webdocumentaire ? Et pourquoi pas un documentaire ?

La raison est simple : le web permet de toucher un large public, aussi bien anglophone que francophone (le webdocumentaire sera en effet proposé en anglais avec un sous-titrage optionnel en français). Et s’ils sont conscients qu’ils sont plus susceptibles de toucher un public français qu’australien, ils souhaitent quand même permettre à ces derniers de “vivre l’expérience dans leur langue”, comme le formule Alexandra.

Le format web permet de plus une dimension interactive et participative. “Nous prévoyons pour les internautes la possibilité de laisser une trace de leur passage afin de constituer une œuvre collective, comme dans le webdocumentaire Code Barre, avec sa partie «raconter» dans laquelle les spectateurs peuvent poster une photo d’objets et rédiger un commentaire expliquant ce qu’ils évoquent pour eux”, explique-t-elle.

Pour suivre leur périple, vous pouvez rejoindre leur page Facebook et vous tenir au courant de leurs actualités via leur site internet. Moi, en tout cas, j’ai hâte de voir les premières images !

 

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Cécile

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